LdJ #5 : La Guerre des Sith

Attention : Spoilers de niveau 4/5 !

L’article ci-dessous contient des spoilers : beaucoup de révélations sur l’œuvre, y compris sur des aspects majeurs de l’intrigue et des twists importants ; mais sa conclusion n’est pas abordée, ou de manière masquée (clic nécessaire de la part du lecteur pour y accéder).

Depuis quelques mois désormais, le duo Exar Kun et Ulic Qel-Droma a pleinement embrassé le côté obscur de la Force, en tant que maître et apprenti Sith. Tandis que le premier cherche de nouveaux adeptes, le second règne dans le secteur de l’impératrice Teta, au côté de son amante Aleema.

C’est ainsi qu’il est bientôt confronté aux clans Mandaloriens, qui prétendent assieger la capitale Cinnagar et lui proposent un ultime défi. Un jeu contre la mort pour Ulic ? Ou l’occasion rêvée d’augmenter ses troupes de féroces guerriers…?

Face aux deux Jedi déchus, le reste de l’ordre est dans l’expectative. Nomi Sunrider, maitre Thon ou Cay Qel-Droma (le propre frère d’Ulic) parviendront-ils à infléchir la trajectoire funeste que semble prendre le destin de la galaxie ?

La présente critique sera nettement plus courte que pour le tome précédent dont elle est une suite directe. Non pas qu’il y ait moins à en dire, mais simplement car mes annotations sont assez similaires. Aussi, je vous y renvoie pour plus de détails.

Fidèle au reste de la série, ce cinquième tome nous transporte aux quatre coins de la galaxie (qui n’est pourtant pas carrée), entre Cinnagar la place forte du Krath, Yavin 4 la base opérationnelle d’Exar Kun, Coruscant la planète-capitale de la République, ainsi qu’Ossus et l’amas de Cron où se joue le climax de cet opus. Pour nous accompagner dans notre voyage, nous retrouvons nombre de personnages, tels que Nomi Sunrider, Cay Qel-Droma, Sylvar et Crado1 le couple de cathars aux allures félines, ainsi que nombre de maitres Jedi parmi lesquels Thon, Odan-Urr ou encore Vodo-Siosk Baas (liste loin d’être exhaustive). Toutefois, l’on regrettera que cette profusion de protagonistes ne soit pas plus approfondie. Les gentils restent notoirement gentils, sauf quant ils deviennent méchants par la volonté du scénario, sans que leurs motivations ou leurs aspirations ne soit ne serait-ce qu’évoquées.

Le destin de la Galaxie dans l’étaux

Toutefois, les protagonistes centraux restent Exar Kun et Ulic Qel-Droma. Si le premier peut facilement et définitivement être rangé dans la catégories des antagonistes purs et durs, le second demeure dans une ambiguïté intéressante malgré sa déchéance2, bien qu’assez maladroitement présentée. La destinée des deux Sith est toutefois bien imaginée :

  • Exar Kun est le maitre, et endosse le rôle de stratège dans cette Guerre des Sith. A ce titre, il dispose de la vision d’ensemble et ourdi un piège diabolique à l’échelle galactique, ayant pour but ultime de violer3 l’Ordre Jedi lui-même. Et cela commence par la corruption de nombre de ses membres, les faisant chuter dans le côté obscur et augmentant ainsi les rangs des Sith. Il ordonne ensuite un massacre en règle de leurs anciens maitres Jedi, une idée terriblement pertinente, comme une étape de non-retour pour ces Jedi noirs (même si trop peu exploitée, à mon sens).
  • Ulic Qel-Droma est l’apprenti, et tient le rôle de tacticien. Dictateur par alliance du Système de l’Impératicre Teta, il gouverne aux côté de la sorcière Sith Aleema et n’hésite pas à s’attaquer à la République et même directement à la planète-capitale Coruscant ! Il peut également compter sur l’appuis des clans mandaloriens4 en ralliant leur leader à ses côtés.

Nota bene

Dans cet album, Exar Kun dispose d’un double ssabrelaser. Il s’agit de la première fois que ce type d’arme est introduite dans l’univers Star Wars, quelques années avant celui de Dark Maul dans l’Episode I en film !

Ici, ce n’est pas clairement dit, il semble s’agir d’une technologie typiquement Sith.

Notez que dans le camp des Sith, j’ai donc évoqué deux personnages secondaires mais néanmoins intéressants. Chef des armées homonymes, loyal par dessus tout, Mandalore est un mercenaire masqué menant ses armées au service du plus offrant, dans la seule recherche de gloire sur le champ de bataille, quel qu’il soit. Ses féroces guerriers sont montés sur d’étrange monture mécaniques, décrites comme des droïdes semi-intelligents. Aleema, quant à elle, est la souveraine de Cinnagar, maitresse du Krath et dictatrice du secteur de l’impératrice Teta (qui sera donc tombé bien bas depuis le tome 1) ; amante d’Ulic, c’est aussi une sorcière et illusionniste maitrisant certains arts Sith. Contrairement à Mandalore, elle suit son propre agenda et n’est loyale qu’à ses ambitions.

Notons ainsi l’originalité de cet album : dans cette Guerre des Sith, le lecteur suit donc en fait… les méchants du récit !

Et l’atmosphère qui règne dans leurs rangs est assez délétère. Une rivalité évidente (même si larvée) oppose Kun et Qel-Droma, bien qu’une relation de maitre/apprenti les relient. Aleema ne sera pas en reste, en trahissant son amant, alimentant d’autant plus l’animosité entre les deux Sith, ainsi que paradoxalement leur dépendance. Ces jeux de pouvoirs et de trahisons tissent intelligemment une ambiance malsaine, dont on peine à deviner l’issue.

En parlant de pouvoir, je ne peux pas ignorer toute la séquence se déroulant au sénat de Coruscant. Ce passage est de loin le plus faible de tout l’album. Exar Kun y déploie un pouvoir clairement cheaté, les (non) réactions des sénateurs rendus inactifs sont risibles, et les réactions des chevaliers Jedi présents (sur lesquels Kun semble ne pas avoir de prise) sont au mieux neurasthéniques. L’ensemble est nébuleux, tout juste sauvé par le combat final entre Vodo-Siosk Baas et son ancien apprenti. Un exemple de système de pouvoirs magiques plutôt mal déployé.

Et ces pages ne sont pas relevées par un dessin toujours très vide et peu inspiré, à l’instar du tome précédent. Mêmes critiques que précédemment : les personnages sont plutôt réussis, les vaisseaux aux allures organiques sont toujours un peu déroutants, et nous retrouvons ici et là de magnifiques compositions malgré tout. Sans doute le signe d’un travail du dessinateur par à-coups, sous une pression intermittente ?

Une conclusion aux multiples facettes

J’ai particulièrement apprécié le climax de l’album, avec la dévastation d’Ossus. La panique des chevaliers et la fuite en ordre dispersé de ses membres (tandis que les Sith pillent les temples et académies) est narrée avec brio. Et l’atmosphère d’urgence, l’évacuation en catastrophe, la tension permanente et l’inéluctabilité du désastre s’en ressentent. C’est d’ailleurs à mon sens une originalité que d’introduire un tel élément apocalyptique dans un univers de space-opéra. Ce cataclysme à l’échelle planétaire est par ailleurs tout à fait raccord avec le reste de l’univers Legend, expliquant pourquoi une planète Jedi aussi importante que Ossus est aussi peu évoquée par la suite.

En savoir plus…

Bien que l’auteur de cet album soit Anderson seul (qui prend de nouveau le relai après Veitch au tome précédent, et en alternance dans la saga LdJ), il dresse plusieurs ponts avec l’Empire des Ténèbres, scénarisé par ce dernier, notamment au travers du personnage de maitre Ood.

Signalons au passage que, à l’inverse, l’idée d’introduire Exar Kun dans LdJ provient de Veitch alors que le personnage fût créé par Anderson. Cela nous est appris dans les suppléments en fin d’album, toujours très intéressants !

En revanche, je n’ai pas apprécié le destin final d’Ulic Qel-Droma…

Aprés avoir vaincu et tué son frère dans un duel pas si épique, Ulic est coupé de la Force par Nomi. Suite à cela, il semble se repentir instantanément, reprend fait et cause pour les Jedi, et les conduit sur Yavin 4 dans l’antre d’Exar Kun…

Un retournement beaucoup trop simpliste ! Peut-être s’explique-t-il par le fait qu’il soit définitivement coupé de Force ? Il ne serait plus sous l’influence du côté obscur ? Ou du poison Sith inoculé par Satal ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas précisé, et c’est de toute façon trop facile et trop rapide. C’est dommage, pour un personnage qui était présenté comme un parangon de vertue, avant de choir tout en conservant ce qu’il faut d’ambiguïté et d’incertitude.

Cette trop grande rapidité dans la présentation, la gestion et la résolution de conflits, quand ils sont transposés à l’échelle galactiques manque cruellement de crédibilité. Si l’atmosphère est néanmoins bien mieux rendue que dans les deux premier tomes (et la fameuse Grande Guerre de l’Hyperespace particulièrement expéditive), les raccourcis et facilités scénaristiques restent toutefois légions dans cette Guerre des Sith, qui peine à nous en faire ressentir la portée, les enjeux et les conséquences. Dommage.

Surprise à la fin de ce cinquième tome : nous sommes en présence de ce qui semble être une conclusion complète, sans aucune porte encore réellement ouverte… Les objectifs sont atteints, les antagonistes sont arrêtés, nous sommes en présence d’une véritable fin en soi… Du coup, je ne peux que m’interroger sur le contenu du prochain (et dernier) sixième tome ?! Peut-être un gros épilogue ?…

  1. Qui porte bien mal son nom en VF…[]
  2. Comme quoi, le Kylo Ren de l’univers Star Wars de Disney n’a vraiment rien inventé…[]
  3. Je n’ai pas trouvé d’autre mot plus adéquat. Mais ce verbe convient en réalité parfaitement, il faut juste lui retirer la connotation sexuelle qui lui est généralement apposée.[]
  4. Personnellement, j’ai toujours cru que les mandaloriens étaient un ajout relativement tardif au lore de Star Wars. Il s’avère que non, au contraire ![]

Cette critique est en lien direct avec l'article "Les anciens Jedi : mythes & légendes", à paraitre prochainement. Pour ne pas rater sa publication, inscrivez-vous à la newletter !

Notes

Scenario : 6 / 10
Dessin : 6 / 10
Ambiance : 8 / 10
Note moyenne : 6.7 / 10

En savoir plus sur l'album...

Série : La Légende des Jedi

Album : tome 5/6 : La Guerre des Sith
(Histoire liée au reste de la série)

Type de BD :

Editeur :

Collection :

Parution : janvier 2017

Taille : 144 pages

Contenu : Star Wars Tales of the Jedi : The Sith War #1 à #6

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