La jeunesse de Batman

Batman - The Knight

Attention : Spoilers de niveau 4/5 !

L’article ci-dessous contient des spoilers : beaucoup de révélations sur l’œuvre, y compris sur des aspects majeurs de l’intrigue et des twists importants ; mais sa conclusion n’est pas abordée, ou de manière masquée (clic nécessaire de la part du lecteur pour y accéder).

Synopsis

Tout le monde connait l’histoire du jeune Bruce Wayne, riche héritier, qui assista au meurtre de ses parents dans une ruelle sombre de Gotham City. Un vol crapuleux qui tourna mal, mais qui transforma définitivement le garçon. Dés lors, il mit tous ses moyens, son temps et son énergie à parfaire sa maitrise de nombreux arts physiques comme intellectuels, pour finir par devenir le Batman, le sombre justicier protecteur de Gotham.

Le récit que je vous présente, sorti récemment (2023), propose de revenir sur les années d’errance de Bruce autour du monde, le faisant passer d’un écolier brillant au Chevalier Noir. Comment est-il ainsi devenu Batman ? Qu’a-t-il appris ? Auprès de qui ? Et surtout comment ?

Contexte

Voici un album dont j’attendais beaucoup, et que j’ai longuement laissé trôner dans ma collection, avant de profiter des fêtes de fin d’année pour enfin m’y plonger sereinement. Le scénario est signé par Chip Zdarsky qui, c’est important de le souligner, est actuellement en charge du run de la continuité officielle de Batman. En pratique, à l’heure ou j’écris ses lignes, c’est donc lui le scénariste des aventures canoniques et officielles du Chevalier Noir. Je n’ai moi-même rien lu d’autre de Zdarsky pour l’instant, mais je suppose que ce « The Knight » introduit certains éléments que l’on retrouvera dans son run. Le dessin quant à lui est assuré par di Giandomenico. Trés lisible, avec certaines planches de toute beauté (en particulier dans les actions), je ne reste pas totalement convaincu, en particulier par les visages des personnages. Étrangement, certaines vignettes m’ont énormément faites penser à des graphismes de Lanfeust (dessiné par Tarquin) alors qu’il n’y a pas le moindre lien.

Subdivisé en 10 chapitres, « The Knight » nous propose donc de suivre le voyage initiatique de Bruce Wayne, depuis les premières années qui suivirent le meurtre de ses parents à Gotham, jusqu’à son retour, doté de capacités exceptionnelles, et prés à faire régner la justice dans les rues de la métropole gothique. Pour autant, nous ne sommes pas sur une trame classique du voyage du héros (le fameux monomythe de J .Campbell, sur lequel j’ai un article dans mes brouillons depuis des mois) mais plutôt sur une succession de péripéties relativement disjointes, et c’est d’ailleurs dommage. Chaque chapitre est finalement très court pour narrer une histoire approfondie, et des ellipses temporelles plus ou moins longues peuvent parfois les séparer, rendant l’ensemble un peu décousu. Pour compenser cela, le personnage d’Anton est introduit, et servira de liant 1 au récit (au moins sur une partie de celui-ci). La relation entre ce protagoniste et Bruce est plutôt bien réussie. Au fil de l’album, les deux amis comptent de plus en plus de compétences… du moins est-ce dit, mais les auteurs ont du mal à transmettre cette impression d’évolution des personnages, tant physique que psychologique ou intellectuelle. Et c’est bien dommage, compte tenu de l’objectif affiché du récit proposé.

Roadtrip, chapitre par chapitre…

Je vous propose ci-dessous un aperçu de chacune des étapes du jeune Bruce Wayne de part le monde… Avec une petite carte de synthèse de mon cru, en prime :

Chapitre 1

Lieu : Gotham City (USA)

Mentor : Hugo Strange

Compagnons :

  • Dana Dunlop
  • Alfred Pennyworth

Cela fait quelques temps que les parents du jeune Bruce ont été tués. Et celui-ci s’enferme dans une spirale anarchique et violente, dans une soif de justice incontrôlée. Entre l’académie de Gotham et les combats clandestins des bas-fonds de la ville, y a-t-il une issue ? Ou doit-il « viser plus haut » ?

Une introduction qui n’est pas une origin story, puisque le récit commence nettement après le meurtre des parents Wayne. Chapitre intéressant qui pose les bases, en introduisant même plutôt bien le psychologue Hugo Strange (futur supervilain) et ses dons d’hypnose 2. Le majordome Alfred est également subtilement présent, mais nettement touchant.

Chapitres 2 & 3

Lieu : Paris (France)

Mentors :

  • Lucie, alias l’Ombre Grise
  • Henri Ducard

Compagnon : n/a

A Paris, Bruce se lie d’amitié à une talentueuse cambrioleuses française, afin d’y apprendre l’art du camouflage, de la discrétion, de se déplacer en milieu urbain en restant invisible, mais également la façon de déjouer les systèmes de sécurité. Mais dans les sombres ruelles françaises, en sanglant tueur rode.

Ces deux chapitres aux accents français (cocorico !) sont de trés bonne facture. Le jeune Bruce se frotte aux limites de la légalité, qu’il faut parfois opposer à la justice. Et si j’ai consulté des critiques qui évoquaient Lucie comme une sorte de proto-Catwoman, je n’adhère pas du tout à cette analyse : les deux personnages ont des similarités, mais également de nettes différences ! Notons que Bruce rencontre également Henri Ducard, un autre de ses mentors qui n’aura pourtant qu’une importance très mineure dans la suite du récit.

Chapitre 4

Lieu : Mt Paektu (Corée du Nord)

Mentor : Kirigi

Compagnon : Anton

Dans un lointain monastère reculé de la Corée du Nord, Bruce apprend les arts martiaux les plus violents auprès d’un étrange maitre peu regardant sur la moralité…

Un scenario très simple pour un chapitre passable, sans être désagréable. Nous y rencontrons néanmoins Anton, un personnage qui gardera son importance par la suite.

Chapitre 5

Lieu : Moscou (Russie)

Mentor : Avery Oblonsky

Compagnon : Anton

Afin d’exceller dans le déguisement, l’infiltration, et plus généralement la capacité à paraitre pour ce qu’ils ne sont pas, Bruce et Anton se rapprochent d’Oblonsky, une ex-espionne du KGB.

L’un de mes chapitre préféré, avec des réflexions pertinentes sur les masques, les identités et les jeux de rôles. Un autre choix scénaristique intéressant est de rendre Anton plus brillant que Bruce, ce qui permet de donner du relief à leur relation, et permet des échanges plutôt amusants.

Chapitre 6

Lieu : Colombie Britannique (Canada)

Mentor : Luka Jungo

Compagnons : Anton

Dans les forêt enneigées et reculées du Canada, Anton et Bruce se forment au tir de précision, d’abord à l’arc, puis aux armes à feu. Mais ce dernier aspect va se heurter aux valeurs du futur Batman, qui se refuse à utiliser ce type d’armes.

Si le scénario de ce chapitre est assez plat, un lien intéressant est fait entre la règle de Bruce qui exclue les armes à feu, et le meurtre originel de ses parents (personnellement, je n’avais jamais fait le lien).

Chapitre 7

Lieu : New York (USA)

Mentor : John Zatara

Compagne : Zatana

Après des passages remarqués à Londres et Istanbul, Bruce souhaite s’instruire sur les arts de la prestidigitation et de l’illusion, et suit les enseignements du célèbre magicien de music hall Zatara. Celui-ci est en réalité un ancien ami de la famille Wayne, aussi Bruce retrouve-t-il avec plaisir sa fille (et donc amie d’enfance), ayant approximativement son âge, Zatara. Mais il aura tôt fait de découvrir que le père et la fille lui ont caché l’existence d’un véritable univers magique, peuplé de monstres et des sortilèges…

Des personnages très sympathiques (qui ne sont pas sans rappeler une partie du run de Paul Dini), pour une historiette qui restera complètement oubliable. Le seul intérêt de ce chapitre est de faire découvrir au futur Batman l’existence de la magie, et d’expliquer (plus ou moins bien) pourquoi le Chevalier Noir n’y a jamais recours lui-même.

Chapitre 8

Lieu : indéterminé en Afrique (Kenya ?)

Mentor : Daniel Captio

Compagnon : n/a

Bruce se rapproche d’un étrange Dr Captio, sensé être l’homme le plus intelligent du monde, et capable de maitriser son esprit à la perfection. Mais sa formation sera rapidement interrompue par le retour d’Anton !

Approchant doucement de la fin de son périple (ce chapitre mentionne des évènements à Rio, au Mexique, à Dublin, Métropolis ainsi qu’au Maroc, non sans une certaine frustration pour le lecteur), Bruce souhaite maitriser les arts de l’esprit, contrôler son cerveau, s’imposer une discipline de fer et plier son psychisme et ses sensations à sa propre volonté. Des thématiques très intéressantes, qui seront malheureusement interrompues, mais le personnage de Captio restera marquant dans son amoralité 3.

Chapitres 9 & 10

Lieu : Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis)

Mentor : Ra’s Al Ghul

Compagnon : Anton

Les deux amis sont invité dans les « Colines de Cristal » par un mystérieux Ra’s Al Ghul, souhaitant les former, les confronter, mais également… les recruter. Son but ? Sauver le monde.

Plus que vraiment une étape, ces deux chapitres finaux forment une petite histoire complète, et servent de synthèse (sans vraiment parler de conclusion) à l’ouvrage. Anton et Bruce découvrirons comment parfaire plusieurs de leurs compétences, notamment martiales et médicales, mais s’interrogeront surtout sur leurs motivations et leurs objectifs. Si le scénario est encore un peu faible, le personnage de Ra’s al Ghul reste l’un de mes antagonistes préférés, et les dernières pages concluent finalement très bien le livre

Nota bene

Le personnage de Ra’s Al Ghul apparait dés la jeunesse de Bruce Wayne de cet album, de manière similaire au film « Batman Begins » de Christopher Nolan. Toutefois, Al Ghul ne faisait initialement pas partie de la jeunesse de Batman et apparaissait en 1971 alors que celui-ci était un adulte accomplis, cf. aussi La Saga Ra’s Al Ghul.

Conclusion

Si l’ambition est clairement là, nous sommes quand même très loin de la puissance d’une saga telle que la Jeunesse de Picsou, dans un registre finalement assez similaire (comme le titre de cet article le laissait subtilement deviner). En y réfléchissant, Bruce voyage, mais prend très peu de décision, s’éloignant ainsi de l’archétype du héros, au sens mythologique du terme.

Sans être déplaisant, les péripéties du futur Batman se suivent et se ressemblent un peu. Certaines sont oubliables, d’autres plus sympathiques, mais globalement il manque le souffle épique de tout bon récit initiatique ! En ressort une histoire relativement décousue et inégale, sans être fondamentalement désagréable pour autant, encore une fois. Un avis mitigé, pour ma part, donc.

Le personnage d’Anton et la relation qu’il noue avec Bruce reste une très bonne surprise à mon sens, même si son charadesign reste assez flou, et probablement volontairement (tant sur sa psyché et ses motivations, que sur son aspect qui est très proche de celui de Bruce, au tempes grises prés). Je crois savoir que ce protagoniste deviendra plus tard Ghostmaker, un personnage assez récent de l’univers de Batman, que je ne connais personnellement pas du tout.

Nota bene

J’ai découvert spontanément, en cours de lecture, que des chauves-souris se cachent dans la plupart des couvertures de chapitres, ainsi que dans les pages finales de chacun. Amusant (et peu difficile) de s’essayer à les retrouver…

J’ai personnellement apprécié une certaine circularité dans la narration, avec un début et une fin qui se déroulent fort logiquement à Gotham. Mais avec également la présence d’un futur super-vilain dans les premier et derniers chapitres de l’album.

A l’inverse, j’ai regretté l’absence du meurtre originel des parents de Bruce (même s’il est plusieurs fois abordé en flashbacks) ainsi que l’absence d’évocation des toutes jeunes années de Bruce. Et je trouve également dommage que nonobstant les chauve-souris mentionnées juste au-dessus, l’alias du Batman en lui-même n’est absolument pas évoqué !

Mais à la façon de Don Rosa pour Picsou, peut-être est-il possible que l’auteur ajoute des « épisodes bis » dans l’avenir…?

  1. En réalité, il ne sera pas tout à fait le seul.[]
  2. Un clin d’oeil trés subtil au Batman de Zur-en-Arr ? Peut-être. Mais pas sûr.[]
  3. Amoralité (= absence de morale), à dissocier de l’immoralité (= qui viole la morale de manière assumée) ?[]

Notes

Scenario : 4 / 10
Dessin : 5 / 10
Ambiance : 7 / 10
Note moyenne : 5.3 / 10

En savoir plus sur l'album...

Album : Batman - The Knight

Type de BD :

Editeur :

Collection :

Parution : février 2023

Lien : Site officiel

Taille : 312 pages

Contenu : Batman: The Knight #1 à #10

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