Au delà d’être un grand fan de Batman, j’avoue que j’ai également un faible pour le personnage de Nightwing, alias Dick Grayson, qui fut initialement le premier Robin du Chevalier Noir (et pendant des décennies).
Ainsi, après avoir lu la série Nightwing1, je souhaitais comprendre comment et pourquoi l’identité de Nightwing avait été révélée au monde, cela établissant un lien avec la série Grayson que je compte lire ensuite.
Or, il s’avère que cet évènement intervient lors de la série Forever Evil. Aussi me la suis-je donc procurée il y a quelques années…

A l’époque, j’avais essayé d’en attaquer la lecture, mais sans grand succès. En tant que gigantesque crossover dans l’univers DC, Forever Evil suppose une grande connaissance préalable de très nombreux personnages plus ou moins obscurs, rendant la lecture assez ardue ! Pourtant, désormais armé d’une meilleure connaissance de l’univers DC Comics (en particulier après mes lectures de DC Anthologie, Injustice, Blackest Night…), j’ai retenté l’expérience, et cette fois avec succès.
Comprendre l’organisation de l’event
De (trés) nombreux préambules
Les prémices de l’event « Forever Evil » dans l’univers DC trouvent leur origine directe dans l’arc narratif « Trinity War », où les principaux super-héros sont manipulés et finissent par s’éliminer mutuellement, laissant la Terre sans protection face à une nouvelle menace.
Le diagramme ci-dessous indique les liens entre les séries Nightwing, Justice League et Forever Evil, illustrant ce que je disais précédemment.

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| Lecture suggérée pour comprendre l’ensemble des éléments du récits, dans les moindres détails. | Lecture conseillée, sous peine de ne pas comprendre certains éléments majeurs du récit. | Lecture indispensable, sous peine de ne rien comprendre au récit. Et ce serait dommage ! |
Forever Evil fut publié dans le courant de l’année 2014 en France. De manière très succincte, on peut considérer l’event se met en place de la façon suivante :
- Le Syndicat du Crime profite de la disparition des superhéros (capturés ou neutralisés lors de la « Trinity War« ), pénètre sur Terre-1 et s’autoproclame nouveau maître du monde.
- Le monde est plongé dans une éclipse permanente, générant un quasi black-out planétaire.
- Nightwing est démasqué publiquement, symbole de la défaite des forces du Bien.
- Lex Luthor et d’autres supervilains résistent à l’autorité du Syndicat.

Déclinaisons de l’event
D’un point de vue éditorial, DC Comics déclina cela de plusieurs façons :
- Une minisérie principale, naturellement nommée Forever Evil
- Le « vilains months » où les supervilains prirent le premier rôle dans les publications traditionnelles de leurs superhéros respectifs
- Plusieurs miniséries annexes et parallèles :
- Forever Evil: Arkham War
- Forever Evil: Rogues Rebellion
- Forever Evil: A.R.G.U.S.
- Un crossover additionnel annexe : Forever Evil Blight (L’ombre du Mal en VF)




En version Française, Urban Comics proposa la saga initialement en 10 fascicules en kiosques (c’est cette version que je possède personnellement) :

- Forever Evil #1 à #7 (publiés en une série dédiée)
- Forever Evil – L’Ombre du Mal (publiés à part dans la série DC Saga Présente #2 à #4)
L’event fut ensuite réédité (en version « intégrale ») à plusieurs reprises par Urban comics, en particulier dans l’album hard-cover Justice League #6 et suivants…
Notez également que l’event Forever Evil fut fortement corrélé aux publications proposée par Urban Comics en parallèle, en particulier la série Justice League Saga (#8 à #14), ainsi que DC Saga Présente. De ce fait, si le récit se suit globalement bien, l’on sent que plusieurs évènements importants se déroulent « hors champs »… et en réalité dans des fascicules différents, donc.
Avis général
« Ce monde est à nous ».
Tel est l’inscription qui apparaît sur tous les écrans du monde, alors que le syndicat du crime arrive sur Terre depuis une réalité alternative. Ce syndicat est constitué des principaux super-héros du monde, mais en version corrompue et maléfique. L’objectif est double, fuir leur monde natal, et instaurer une nouvelle société sur cette terre qui s’offre un eux.
Face à ces êtres surpuissants et malveillants, la planète est désemparée, car l’ensemble de la justice League semble avoir totalement disparu.
Pas simple à lire…
Forever Evil est un gigantesque event dans l’univers de DC Comics ; il nécessite donc globalement 3 prérequis :
- Être familier de l’ensemble des personnages de l’univers DC, superhéros, supervilains, mais aussi nombre de seconds rôles ;
- Être à jour des évènements précédents le crossover ;
- Aimer que tous ces personnages
se cotoients’affrontent directement sans trop de réflexion.
Car le résultat est un gros event bourrin, qui se lit avec un bol de popcorn, narrant un bazar foutraquement joyeux nimbé d’une ambiance toutefois relativement sombre. L’ensemble m’a étrangement fait penser à la série Lanfeust, tant chaque personnage dispose d’un (super)pouvoir totalement décorrélé des autres personnages, et sans grande cohérence avec un arc narratif qui lui serait propre au sein du crossover (nul doute que chacun dispose d’un pouvoir cohérent avec sa propre histoire en dehors du crossover).



Critiques détaillées
Les critiques de chaque publication sont détaillées ci-dessous :
- Forever Evil #1 à #4 : quand le Mal devient routine (publié le 25 octobre 2025)
- Forever Evil #5 à #7 : l’empire du chaos s’effondre (publié le 26 novembre 2025)
- Forever Evil Blight (recueils #8 à #10) (publié le 17 décembre 2025)
A vilain, vilain et demi
Par nature, Forever Evil brasse énormément de personnages. En ce qui me concerne, j’en ai découvert le plus grand nombre… Aussi, je vous propose de passer les principaux en revue ci-dessous.
Le syndicat du Crime
Les antagonistes principaux de Forever Evil forment le « Syndicat du Crime ». Il s’agit d’une version alternative de la Justice League (le fameux team up central de DC Comics, équivalent des Avengers chez Marvel) provenant d’une réalité alternative nommée Terre-32. Ils furent initialement créés en août 1964, et imaginés comme des versions maléfiques des héros classiques :
| Terre-1 | Terre-3 |
|---|---|
| Superman | Ultraman |
| Batman | Owlman |
| Wonder Woman | Superwoman |
| Green Lantern | Power Ring |
| Flash | Johnny Quick |
| Cyborg | Grid |
| Firestorm | Deathstorm |
Notez que les récits introduisant le Syndicat du Crime sont réédités dans les épisodes Forever Evil #2 et #3 ! Nous sommes là en plein age d’argent des comics : la lecture n’est pas des plus agréables, mais présente un intérêt historique certain !

Pour en savoir plus sur les différents ages dans les comics, je vous renvoie vers un prochain article, publication à venir. (N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter du blog pour en être informé.)
Le Syndicat du Crime représente le plus haut niveau de gouvernance de ce règne du mal (titre VF de Forever Evil). Toutefois, leurs premières (ex)actions consistent à libérer l’ensemble des supervilains de la planète afin de constituer la Société Secrète des Supervilains. Il s’agit ici de la masse armée du Syndicat, chargée des basses besognes.

Toutefois, plusieurs supervilains n’adhèrent par à la Société et mènent leurs propres quêtes, en particulier :
- le groupe de Lex Luthor, incluant Black Manta, Bizarro, Black Adam, etc ;
- l’invasion de Gotham menée par Bane ;
- la dissension portée par le groupe des Lascars…
Les Lascars
La découverte des Lascars fut pour moi une heureuse rencontre… Notez que leur nom de « Rogue » en VO n’a pas été conservé, leur donnant un sobriquet un peu ridicule, mais non dénué de sens.
Groupe hétérogène composé de plusieurs supervilains initialement opposé au personnage de Flash, les Lascars forment une sorte de sous-Suicide Squad mineure, avec néanmoins un code d’honneur qu’ils respectent à la lettre :
- S’entraider en toutes circonstances ;
- Vivre de leurs vols ;
- Ne pas tuer (sauf réelle nécessité).
Ils fonctionnent ainsi comme une sorte de famille un peu dysfonctionnelle, mais touchante. Ils opèrent principalement dans les villes jumelles de Central City et Keystone City, qu’ils affectionnent malgré tout.
Captain Cold
Captain Cold est un humain doté d’une technologie (en particulier un révolver) capable de produire du froid au niveau atomique. En pratique, il peut figer la matière au zéro absolu.
D’un naturel calme est décomplexé, il est le leader officieux des Lascar, et frère de Planeur. Il porte un masque rectangulaire et une doudoune à capuche sans manche, lui conférant un charadesign atypique et fun.
Planeur
Mystérieuse sœur de Captain Cold et amante du Maitre des Miroirs, elle passe la totalité de l’event dans un coma dont on ignore l’origine (certainement détaillé dans des aventures antérieures).
Elle dispose toutefois de la capacité de projeter son esprit et d’apparaitre de manière intangible…
Heatwave
Sorte d’opposé à Captain Cold, Heatwave est un humain au corps déformé, parsemé de craquelures évoquant une terre volcanique fracturée (ou la Chose des 4 Fantastiques, chez Marvel). Un appareil qu’il porte sur la poitrine lui permet de générer des ondes de chaleurs et autres explosions, qu’il peut plus ou moins manipuler.
Plutôt discret, il suit le code d’honneur des Lascars et tient à sa famille.
Météo-Mage
Bandit latin au sang chaud, Météo-Mage dispose d’une baguette magique technologique lui permettant d’influer sur la météo locale, et de créer en particulier des manifestations météorologiques puissantes, telles qu’un orage ou un ouragan.
Vêtu d’un long imperméable, son look n’est pas sans rappeler le mutant Gambit des Xmen de Marvel…
Le maitre des Miroirs
Comme Captain Cold, il dispose d’une technologie avancée permettant de créer des miroirs, mais aussi tous types d’illusions. Autre capacité notable : il peut pénétrer et voyager dans les mondes miroirs, des sortes de petits univers parallèles de poches, reliant entre elles toutes surfaces réfléchissantes (à la manière de raccourcis dans l’espace).
Le Maitre des Miroirs est de nature plutôt calme. Amoureux de Planeur, il arbore un costume aussi coloré… qu’inutile, a priori.
Le Charlatan
Le charlatan est un bricoleur de génie doté d’un style et d’un goût plus que contestable. Affublé d’un costume aux tons mauves, d’un masque improbable et de pantoufles, il dispose néanmoins de nombreux gadgets redoutables, en particulier des réacteurs aux pieds lui permettant de voler.
Notez que ces rapides descriptifs ne concernent que les Lascars tels qu’ils sont présentés dans Forever Evil. Comme beaucoup de groupe de superhéros ou supervilains, la composition du groupe varie au fil du temps et des auteurs, tout comme les pouvoirs de ses membres.

Le prisonnier mystère
Un autre personnage mystérieux nous est progressivement introduit dans les derniers recueil. Retenu prisonnier par le Syndicat du Crime, Ultraman et ses comparse semblent énormément le redouter (au point de se demander pourquoi ils ne l’ont pas tué). Ce protagoniste se révèlera être Alexander Luthor, issu de la même Terre-3 que le Syndicat.
Qui est cet Alexander Luthor ? Bonne question… Sur sa terre d’origine (la 3e, donc), il combat le Syndicat du Crime comme une espèce de superhéros populaire. Doté des pouvoirs de Mazahs, il semble capable d’absorber les pouvoirs de ceux qu’il tue… faisant de lui un personnage ambivalent à la moralité assez élastique.
Quoi qu’il en soit, cet Alexander Luthor, même s’il donne lieu à un joli combat final, n’aura aucun impact sur le récit, et vous pourrez rapidement l’oublier malgré son build up plus ou moins adroit.
La Ligue des Ténèbres
La Ligue des Ténèbre est un groupe de personnages dotés de pouvoirs magiques. Opérant dans les mondes occultes, affrontant démons et autres créature mythologiques, torturés et souvent assez amoraux, cette ligue rassemble donc des magiciens humains, mais aussi des élémentaux ou encore des êtres venus d’autres dimensions supérieures ou inférieures.
Le personnage central y est John Constantine. Séparé de ses comparses au début du crossover, il rassemble quelques mages douteux afin de combattre le terrible Blight, avant de se lancer à la recherche des membres de sa ligue, retenus prisonniers.



La créature du marais cotoie Pandora… Constantine fait équipe avec l’ange Zauriel… L’Infirmière Infernale team up avec Judas3… Si le mélange des supervilains de la minisérie principale peut perdre, le megamix magique proposé dans Forevel Evil Blight va encore plus loin… et vraiment pas pour le meilleur, à mon sens !
Conclusion
En conclusion, faut-il lire Forever Evil ? A mon avis, non. L’event part dans tous les sens, se disperse, se dilue, et n’offre jamais vraiment de tension. Si l’idée de mettre les méchants à l’honneur est bonne, les personnages sont trop nombreux et dotés de pouvoirs trop divers pour que l’ensemble parvienne à maintenir une suspensions consentie d’incrédulité durable… Ma grande déception aura été le traitement de Constantine et de son univers magiques. A l’inverse, les Lascars furent pour moi une heureuse découverte !
Au final, j’en retiens une lecture pas fondamentalement désagréable, mais un récit chorale poussif et sans éclat.
Notes de bas de page :

