Crossovers et miniséries : le cas d’école ‘Forever Evil’

A l’occasion de ma lecture de l’Event Forever Evil, j’ai pris conscience de la manière dont les éditeurs américains (ici, DC comics) peuvent répartir la publication de leurs histoires de différentes façons, dans des séries pré-existantes ou non. C’est également ainsi que j’ai compris plus en détail la différence entre un crossover et une minisérie, dans le cadre d’un event.

Aussi, je vous propose de partager ci-dessous le fruit de mes réflexions, avec exemples tirés de Forever Evil…

Définitions

Minisérie

Dans le cadre d’un event, ou pas, une minisérie en comics est une successions d’issues (fascicules) dont le nombre est limité dans le temps, et qui narre un récit complet, relativement autonome, incluant son point de départ et sa conclusion.

La minisérie dispose ainsi de son propre titre et n’est éditée qu’à l’occasion de l’event.

Crossover

Dans le cadre d’un event, un crossover est un récit qui implique plusieurs personnages disposants de leurs propres séries, et dont l’histoire est ainsi diluées sur leurs séries respectives (donc pré-existantes).

Le crossover ne dispose a priori pas d’issues dédiées, mais nécessite la lecture des chapitres de séries qui existaient avant l’event. Il est interconnecté aux séries qu’il rassemble.

Dans les deux cas, miniséries et crossovers constituent des arcs scénaristiques plus ou moins autonomes, mais publiés différemment.

Dans le cadre d’un event de grande ampleur, l’on peut retrouver un ou plusieurs crossover ainsi qu’une ou plusieurs miniséries : ce fut donc le cas pour Forever Evil !

Et c’est pourquoi je vous propose ci-dessous de m’appuyer sur cet event pour vous illustrer par des exemples ce que sont une minisérie et un crossover, et la manière dont ils sont publiés aux USA et en France.

Etude de cas : Forever Evil

…Car pour ne rien arranger, la publication américaine par DC Comics et la publication en France par Urban Comics ne suit pas forcément la même logique… Ici encore, Forever Evil est un trés bon exemple !

Répartition générale

Aux Etats-Unis, l’event Forever Evil se décompose en :

  • Quatre miniséries :
    • Forever Evil (7 issues)
    • Forever Evil: Rogues Rebellion (6 issues)
    • Forever Evil: Arkham War (6 issues)
    • Forever Evil: A.R.G.U.S. (6 issues)
  • Un crossover : Forever Evil Blight1 (18 issues)

En France, ces mêmes numéros (évidement traduits en VF) furent édités au travers de 10 reccueils :

  • Forever Evil (7 recueils)
  • DC Saga Présente (3 recueils)

Contenu détaillé des recueils pour Forever Evil

Dans le détail, je vous indique ci-dessous le contenu de chaque recueil français (en colonnes) vis à vis des publications originales aux USA. Les quatre premières lignes sont donc des miniséries éditées pour l’occasion.

Issue (VO)Recueil #1Recueil #2Recueil #3Recueil #4Recueil #5Recueil #6Recueil #7
Forever Evil#1#2#3#4#4#6#7
Forever Evil: A.R.G.U.S.#1#2#3#4#5#6
Forever Evil: Rogues Rebellion#1#2#3#4#5#6
Forever Evil: Arkham War#1#2#3#4#5 ; #6
Justice League of America#29#7.2 ; #30#7.3
Flash#23.3 ; #23.1
Detective Comics#23.3
Batman#23.4
Wonder Woman#23.1
Aquaman#23.1
Batman: The Dark Knight#23.2
Forever Evil: AftermathAftermath

Il est ainsi intéressant de remarquer le travail d’édition réalisé par le français Urban Comics ! Divisé en 7 recueils comme les publications US, on y trouve également en parallèle les 3 sous-intrigues (A.R.G.U.S., Rogues et Arkham) ainsi que plusieurs morceaux choisis dans les publications du Vilain Month. Pas indispensables, ces dernières étoffent le lore.

En savoir plus…

A ces miniséries et crossover, DC comics ajouta une autre particularité éditoriale : le « vilains months ». Je ne le détaille pas ici, mais si vous voulez en savoir plus, rendez-vous dans l’article bilan dédié à tout l’event Forever Evil.

Contenu détaillé des recueils pour Forever Evil Blight

De la même façon, je vous indique dans ce second tableau le contenu de chaque recueil français (en colonnes) de DC Saga Présente vis à vis des publications originales aux USA.

Issue (VO)Recueil #1Recueil #2Recueil #3
Justice League Dark#24 ; #25 ; #26#27#28 ; #29
Phantom Stranger#14#15 ; #16#17
Constantine#9#10#12
Pandora#6#7#8 ; #9

Ainsi donc, comme on peut le voir dans les lignes ci-dessus (et les numéros), il n’y a pas ici de minisérie dédiées, mais bien des séries préexistantes à lire (dans le bon ordre, s’il vous plait !) pour retracer l’évolution chronologique du crossover Forever Evil Blight. Celui-ci est donc bien dilué sur plusieurs séries déjà existantes, dédiées à chacun des personnages principaux impliqués dans le crossover (ici : le Phantom Stranger, John Constantine et Pandora).

Pourquoi toutes ces difficultés subtilités ?

Ces chois éditoriaux alambiqués trouvent néanmoins une certaine logique. La minisérie principale Forever Evil sert de socle central à l’histoire générale et en suit les évènements principaux. Les trois autres miniséries A.R.G.U.S., Arkham War et Rogues Rebellion sont des spin-off relativement liés à la minisérie principale. Ils permettent de suivre des évènements parallèles, en détaillant les péripéties de personnages secondaires, tout en ayant des interactions avec la minisérie principale. Enfin, Blight est plutôt un crossover dérivé, autonome, explorant les conséquences de la minisérie principale pour les personnages « magiques » de DC Comics. Peu lié à la minisérie principale, ce crossover nécessite à l’inverse que le lecteur soit assez familier de ces personnages.

En plus de cela, inutile de le nier, il y a évidement une forte logique commerciale dans les choix éditoriaux de DC Comics qui lui permettent de proposer des ventes croisées. Les miniséries qui se répondent incitent les lecteurs à acheter l’ensemble des issues afin de connaitre l’histoire dans les moindres détails. De même, le crossover implique d’acheter des issues provenant de différentes séries, proposant ainsi au lecteur de découvrir de nouveaux personnage qu’il souhaiteras peut-être suivre ensuite dans leurs séries respectives

A propos de chaque arc

Et quitte à parler de Forever Evil… Vous retrouverez évidement le détail de mon avis dans l’article dédié, mais je profite de vous avoir détaillé les différentes miniséries et crossover pour vous donner mon avis sur chacun, arc par arc et non plus par ordre chronologique ou éditorial (que vous pouvez néanmoins retrouver ci-dessous) :

Forever evil

Il s’agit de l’arc principal, qui contient les principaux évènements de l’event : le joug du Syndicat de Crime et la tentative de retrouver la Justice League.

Scénarisé par Geoff Johns, qui a signé un excellent run sur Green Lantern, le résultat n’est pas fondamentalement mauvais, mais assez foutraque par nature. La mise en place des situations et la présentation des personnages est réussie, mais la conclusion laisse à désirer.

Forever evil : A.R.G.U.S.

Cette minisérie suit le personnage de Steve Trévor (historiquement, le petit-ami de Wonder Woman). C’est certainement le récit le plus difficile à lire, car extrêmement interconnecté à d’autres publications DC Comics, et sans doute pas les plus connues ! Rien que l’organisation A.R.G.U.S. restera bien trop compliquée, ayant accès à des technologies défiant toute tentative de tension narrative, malgré les efforts de Sterling Gates au scénario.

Le récit lui-même est difficile à résumer, tant il se perd dans ses multiples rebondissements. C’est dommage, car il contient pourtant les clefs de la localisation de la Justice League, et le moyen de les ramener sur Terre…

Forever evil : Rogues Rebellion

A mon sens, c’est la petite perle de cet event ! Sans être renversantes, les aventures un peu fun et décomplexées – mais non sans drame – de la petite bande des Lascars (Rogues en VO) fut une belle découverte pour moi.

Sans grands enjeux, le récit signé Brian Buccellato suit le groupe qui tente de survivre dans un monde où les superhéros ont disparus, et où le nouveau pouvoir en place leur donne des ordres incompatibles avec leur propre code d’honneur.

Forever evil : Arkham War

Pourtant signé par Peter Tomasi, cet arc ne m’a vraiment pas emballé. Manquant d’inspiration (mais néanmoins sous stéroïdes), le récit suit une sorte de guerre entre les prisonniers du pénitencier de Black Gates (sous la coupe de Bane) et les fous échappés de l’asile d’Arkham (obéissants au Syndicat de Crime).

Le résultat fait penser à une sorte de remake de No Man’s Land sans en atteindre la cheville…

Le cas Forever Evil Blight

Ce crossover parallèle voit le mage britanique John Constantine tenter de retrouver sa Ligue des Ténèbres (et en particulier la magicienne Zatanna) en rassemblant divers personnages dotés de pouvoirs magiques. Néanmoins, un brouillard psychique l’empêche de la localiser ; ledit brouillard s’avèrera être généré par Blight (l’Ombre, en VO) une entité issue des noires pensées des humains, amplifiées par la présence du Syndicat de Crime.

Mélangeant des personnages assez obscurs et usant d’un système de magie très mal défini, dénouant toute tentative de tension ou d’enjeux, cette épopée magique et foutraque m’a laissée complètement de marbre !

Conclusion

Voici donc de quoi vous éclairer un peu sur la nuance entre une minisérie et un crossover dans le cadre d’un event : la minisérie est une histoire autonome éditée pour l’occasion tandis que le crossover mélanges plusieurs personnages aux seins de leurs séries prééexistantes respectives.

Évidement, comme rien n’est jamais simple, le crossover désigne aussi souvent (plus ou moins par abus de langage) le mélange de plusieurs personnages distincts au sein d’une même histoire, quelle que soit sa forme. De ce fait, la minisérie Forever Evil peut aussi être assimilée à un crossover dans le langage courant…

Notes de bas de page :
  1. Traduit par « Forever Evil : L’Ombre du Mal » en VF.[]

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