Le Paris des Merveilles est un univers fictif se situant au tout début du XXième siècle, après la découverte de l’outre-monde quelques temps aprés la Renaissance. Dans cet univers, le monde que nous connaissons vit en harmonie (relative) avec les peuples imaginaires tels que les ogres, les gnomes, les satyres et autres elfes. La magie est aussi naturellement intégrée à cette société, dont le style est assez proche du steampunk. On peut ainsi y suivre nombre d’aventures différentes et originales, impliquant diverses factions hétéroclites, aux intérêts divergents.
An de grace 1909. Dans cette version fantasy de Paris dans lequel se mèlent humains et peuples féériques, Louis Griffont est un mage du cercle cyan. Il est sollicité par un tenancier de casino qui suspecte l’un de ses clients de tricher par des moyens magiques. Son enquète va rapidement le rapprocher d’un étrange réseau de trafic d’objets enchantés…
…réseau dans lequel évolue la mystérieuse baronne de St-Gil. Mercenaire usant également d’artifices magiques, elle revient de Russie avec des artefacts réclamés par des commanditaires aux méthodes brutales, voire sanglantes.
Leurs trajectoires se croisent bientôt, tandis que toutes les strates de la société parisienne, de la plus basse à la plus haute, semblent avoir les yeux braqués sur eux.

Le récit, dense dès les premières pages, embrasse rapidement deux arcs principaux : l’enquête de Louis Griffont (missionné pour démasquer un tricheur au casino et conduit à suivre des pistes jusqu’à la disparition de l’antiquaire Alandrin puis le meurtre du trafiquant Ruycours) et la mission de la Baronne de St-Gil (revenant de Russie avec un butin compromettant). Ces deux trajectoires restent assez hermétiques l’une de l’autre avant de tardivement se rejoindre, exposant un complot plus vaste dont les ramifications semblent liées à une sombre sorcière d’Ambremer.
Les personnages sont trés nombreux, presque trop (au point que je les ai listé lors de ma prise de note sur cet album pour m’y retrouver). Est-ce dû à l’adaptation du roman originel en BD ? Je n’en suis pas si sûr, car la série des Artilleuses (des mêmes auteurs, dans le même univers, mais non adapté de romans) possédait également une large galerie de personnages. Ici, nous avons donc pèle-mèle :
- Louis Griffont et la Baronne de St-Gil qui semblent les protagonistes principaux (cette dernière étant accompagnée d’un lutin et d’une sorte de semi-ogre) ;
- Les notables parisiens : l’amical Fallisière, le tenancier Carrard, l’inspecteur Farroux, ou l’énigmatique Cécile (love interest de Louis, à peine évoqué ?) ;
- Les bas-fonds de la capitale : le tricheur Sébrier, les trafiquants Alandrin et Ruycours ;
- Les antagonistes, tels que le colonel Oulissienko, ou le trés inquiétant Maubuis ;
- Ainsi d’autres personnages dont on devine qu’il prendront de l’importance, tel Sah’arkar…
La construction du scénario a le mérite d’être dense et foisonnante, mais s’avère parfois trop compacte : en peu de pages, de nombreux rebondissements s’enchaînent, donnant encore l’impression d’une adaptation littéraire compressée. La romance et les liens entre certains protagonistes restent flous (on ignore notamment la nature exacte des liens entre Louis et la Baronne), ce qui explique une note moyenne concernant la cohérence de l’intrigue dont on a du mal à comprendre où elle va…
Le charadesign est globalement maîtrisé : les planches foisonnent de personnages, bien traités en premier et arrière-plan. Seul bémol notable : une ressemblance entre St-Gil et Brescieux qui peut troubler le lecteur1.

Les compositions sont très académiques, aucune ne m’a vraiment tapée dans l’oeil. Certaines vignettes sont très jolies, comme l’incursion de Louis dans Ambremer (l’outre-monde nous est ainsi montré dés les 10 premières pages, alors qu’il restait invisible dans Les Artilleuses). Toutefois, de trop nombreuses cases présentent un décors pauvre, monochrome, voire totalement absent, à mon goût.
L’ambiance restera l’un des atouts majeurs de l’album : un Paris fantastique dense, décomplexé et foisonnant. Le mélange d’enquête et de fantasy urbaine fonctionne bien, malgré la densité du matériau d’origine.
Ce premier tome se lit comme une porte d’entrée riche vers un univers au lore profond : la narration privilégie la densité et l’immersion plutôt que l’explication exhaustive, d’où une expérience agréable mais parfois confuse sur le plan du scénario. Le lecteur amateur d’univers très fournis y trouvera matière, tandis que celui en quête d’une intrigue épurée pourra se sentir un peu perdu.
Notes de bas de page :- …à moins que ce ne soit complètement volontaire ?[↩]
