Chronologie des comics : ages et époques

Malgré un titre pompeux et peut-être un poil anxiogène, je vous propose un article pas si complexe pour clarifier (et sans doute simplifier un peu) les différentes époques communément admise par les lecteurs des comics américains, un art qui existe depuis un siècle, mine de rien !

Aprés quelques rapides rappels, je vous propose donc de parcourir les différentes périodes qui ponctuent 100 ans de comics.

Nota bene

Dans cet article, les différents ages et époques se réfèrent à des périodes et dates bien réelles de notre XXe siècle. Ne seront absolument pas évoqués ci-dessous les chronologies fictives de telle ou telle œuvre de fiction.

Préam-bulles

Premièrement, rappelons ce qu’est un comics : en pratique, c’est la traduction de « bande-dessinée » et cela désigne donc tous types de BDs, de tous genres, signé par des auteurs américains. A l’heure actuelle, c’est d’ailleurs toujours le cas aux USA. Toutefois, en dehors du pays de l’Oncle Sam, les comics sont très souvent apparentés au genre super-héroïque (Batman, Spider-Man, Green Lantern, X-men…), quand bien même ils peuvent couvrir un très large panorama de genres.

Nous le verrons plus bas, quand on parle des « ages de comics », cela réfère implicitement mais principalement à ce genre super-héroïque qui a rythmé l’évolution de ce média tout au long du siècle dernier…

Boutique à Bordeaux par Mylie Queen

…et même avant. Car comme l’évoque le premier chapitre de l’Art Invisible (par exemple), les dessins accompagnés de textes existent depuis la nuit des temps ! Et si l’on peut commencer à voir apparaitre aux XVIIe et XVIIIe siècles de véritables précurseurs de la BD 1, la plupart des experts considèrent que la BD est née en Suisse en 1827 sous la plume de Rodolphe Töpffer. Un art nouveau qui fut rapidement adopté et repris par de nombreux auteurs en Europe.

La BD arriva ensuite sur le nouveau continent aux alentours de 1842, où il fut également repris par des auteurs locaux.

Les premiers temps

A la toute fin du XIXe siècle, les BDs prennent la forme de petits strips humoristiques que l’on retrouve dans les pages des journaux du dimanche. Certains mettent en scène des personnages récurrents comme le « Yellow Kid ». Puis ils investissent le reste de la semaine et commencent à être réédités dans des albums dédiés, constituant ainsi les premiers « comics books » : livres amusants en traduction littérale.

Dans les années 1920, certains comics s’affranchissent de leurs dessins caricaturaux pour devenir plus réalistes et proposer de nouveaux genres (aventure, policier…). Néanmoins, ils gardèrent leur nom d’origine : « comics ».

Les comics en fascicules (nommés issues aux USA), édités régulièrement en kiosques avec des histoires originales et inédites se popularisèrent (et se multiplièrent) dans les années 30.

En savoir plus…

A cette époque, les comics sont les concurrents et héritiers direct des pulps.

Les 4 ages des comics

Il est trés largement admis que les comics se découpent en 4 ages… D’un expert à l’autre, on trouvera de petites variations plus ou moins bien argumentées, mais la plupart des fans du genre s’accordent sur les ages ci-dessous.

Janvier 1940

L’Age d’Or (1938-1956)

On désigne par « âge d’or » des comics la première vague de création des superhéros, qui commence avec Superman en 1938, et se termine au milieu des années 50. Cette époque est largement marquée par la seconde guerre mondiale, cadre dans lequel s’insèrent régulièrement les justiciers en collants et capes.

À cette époque, des superhéros et supervilains furent créés à foison, dans une joyeuse anarchie et sans réelle volonté de cohérence globale, ni cadre clair ou ligne éditoriale. Ainsi, les personnages ont des principes encore largement balbutiants (Batman utilise des armes à feu !) ou des personnalités à géométries variables suivant les récits. Les maisons d’édition sont également nombreuses, et sont loin de se limiter à Marvel ou DC Comics.

C’est également durant l’âge d’or que le concept d’issue fut entériné, avec une publication hebdomadaire sous forme de petits fascicules, encore d’actualité aujourd’hui.

L’Age d’Argent (1956-1970)

L’âge d’argent des comics fut initié par la mise en place du Comics Code (cf article dédié au CCA) au début des années 50. Suite à la publication de l’ouvrage (largement controversé depuis) « Seduction of the Innocent » du psychiatre Fredric Wertham, ce code imposait de nombreuses interdictions strictes aux comics mainstream, tels que la violence, la mort, les allusions sexuelles même implicites, mais également l’horreur classique (vampires, loup-garous…), la critique de l’autorité ou de groupes divers…

Le joyeux WTF du Silver Age (source)

Dans un tel contexte, l’âge d’argent des comics se caractérise par des récits très enfantins, hauts en couleurs, faisant une large place à la fantaisie colorée, l’humour, la science-fiction déjantée, les enjeux limités et l’absence de conséquences des récits.

C’est ainsi qu’y furent créés en particulier le second Flash (alias Barry Allen), et le second Green Lantern (alias Hal Jordan). Notez que la science-fiction lourde, voire le space opera, est restée dans l’ADN de ce dernier.

Nota bene

C’est pour cette raison que nombre de superhéros de DC Comics (je maitrise beaucoup moins bien Marvel) ont endossé des identités civiles différentes au fil du temps : chacune était une réinterprétation d’un héros des ages précédents… pouvoirs similaire, même nom de justicier, mais personnages différents…

L’age d’argent est également marqué par la « menace » du communismes, puis par l’intérêt croissant pour la science plus ou moins débridée.

La fin de l’age d’argent voit l’apparition des comics indépendants underground, qui n’appliquaient volontairement pas le comics code et se diffusaient dans la contre-culture américaine. Ils participèrent ainsi à la perte d’influence du CCA.

L’Age de Bronze (1970-1985)

Le début de l’age de bronze n’est pas marqué par une date précise et se caractérise surtout par l’abandon officieux et progressif du Comics Code. Toutefois, l’on retrouve souvent un évènement intradiégetique marquant chez chacun des big two :

  • La publication de Green Arrow/Green Lantern chez DC Comics, un run qui abandonne les extravagances de l’age d’argent pour se focaliser sur les préoccupations sociétales du moment (ou pas) : l’égalité des sexes, le racisme, la maladie, la drogue, les inégalités sociales…
  • La mort de Gwen Stacy, fiancée de Spiderman chez Marvel : la disparition de ce personnage principal et apprécié marqua durablement autant le superhéros que le lectorat. Et souligna la possibilité d’enjeux réels dans les comics.

Les caractéristiques principales de l’age de bronze sont une augmentation du réalisme des histoires, s’éloignant du monde manichéen des superhéros, qui était la norme jusqu’alors. Les désillusions américaines (chocs pétroliers et crises, Guerre du Vietnam, affaires de santé publiques, lutte pour les droits civiques) donnent matière à être traités: drogue, sexe, horreur, dilemmes moraux, héros violents, personnages mortels (plus ou moins, on reste quand même dans les comics !…). Les méchants ont désormais des idéaux, et les héros des faiblesses.

Les comics underground gagnent également en popularité et visibilité, et mènent progressivement à une reconnaissance des droits des auteurs de comics (qui en étaient presque totalement dépourvu jusqu’à présent).

L’Age Moderne (1985+)

Ce dernier age (toujours en cours) prend sa source dans le courant de la décennie 1980, alors que les ventes de comics de l’âge de bronze périclitaient, face à l’avènement des œuvres inspirées des arts martiaux orientaux (kung fu…) et de l’heroic fantasy (Conan, Red Sonja, Donjons & Dragons…).

L’on considère souvent que 4 œuvres (unanimement majeures) marquèrent le début du Modern Age, du moins chez DC Comics :

  • Crisis on infinite earths de Marv Wolfman et George Perez, qui marqua la fin du Multivers de DC Comics et redéfini le canon et la continuité de nombre de ses superhéros.
  • Batman Year One de Frank Miller qui propose une nouvelle origin story mature pour le Chevalier Noir.
  • Dark Knight Returns de Frank Miller (encore) qui projette un Batman vieillissant dans un futur ultra-violent.
  • Watchmen d’Alan Moore, une relecture critique, complexe et intelligente des superhéros.

Plus mature, plus auto-critique et s’ouvrant au grand public, l’on peut sous-découper cet age moderne en 2 époques :

L’Age de Fer (années 80 & 90)

Déconstruisant le genre superhéroïque, les comics affichent de plus en plus des mentions « for mature readers », n’hésitant pas à plonger dans les controverses, le sexe ou la violence. Des méga crossover apparaissent faisant cohabiter de très nombreux personnages habituellement disparates.

Cette période voit aussi l’apparition et la popularisation des comics shops, magasins dédiés aux comics. Cela permet une démocratisation du genre qui perce autant dans le grand public que dans les cercles intellectuels. A cela s’ajoute également une bulle spéculative autour de ce qui apparait de plus en plus comme un art.

Lesdites spéculations débouchent évidement sur une crise dans les années 90, tandis que de plus en en plus d’auteurs sont reconnus voire starifiés en tant que tels. En cette fin de millénaire, les scénarios deviennent minimalistes, et les héros sont souvent malmenés (mort de Superman, Knightfall, saga du Clone, No man’s land, Emerald Twilight…) tandis que la part belle est faite aux héros violents, imparfaits, voire antihéros.

A l’inverse des scénario, les visuels sont particulièrement travaillés (notons l’introduction du numérique) bien que les personnages soient souvent déformés jusqu’à l’absurde (muscles hypertrophiés, courbes féminines délirantes…). Enfin, les dernières années de cette décennies voient des adaptations cinématographiques plutôt réussies, confirmant l’entrée des comics dans la culture populaire mondiale.

Blade (1998)
X-Men (2000)

La Renaissance (2000+)

Dans la veine de la fin du second millénaire, les années 2000 et décennies suivantes furent fortement marquées par les superhéros au cinéma : le Marvel Cinematic Universe, la trilogie du Dark Knight de Nolan, la saga DC de Snyder (hélas avortée), la trilogie Spiderman de Raimi…

Tentant d’attirer ce nouveau public vers les comics originaux, les Big Two rivalisent d’inventivité, en rebootant (trop) régulièrement leurs univers, multipliant ainsi les points d’entrée pour de nouveaux lecteurs. Dans un futur article, je vous détaillerai ainsi les différentes périodes récentes de l’univers DC (celui que je maitrise le mieux). Et vous verrez, ce n’est pas triste !

Notes de bas de page :
  1. Avec des dessins humoristiques et populaires, accompagnés de textes ou même directement de phylactères.[]

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