En quelques mots
Les Hydres d’Arès propose une science-fiction martienne efficace par son univers colonial et ses dialogues, mais son dessin irrégulier l’empêche de nous emporter complètement.
- Un concept de peuple artificiellement créé pour terraformer Mars, riche en enjeux politiques.
- Un duo de personnages porté par des dialogues souvent savoureux.
- Un dessin qui manque de maîtrise sur les visages et les personnages.
- Une conclusion reposant sur un deus ex machina peu crédible.

Pitch
Année 3455. Ancien membre des commandos, Boozer est un épaviste martien qui noie son ennui dans l’alcool, à peine soutenu par son android Jean-Pierre et son lézard de compagnie. Humain néo-colonisateur de la planète rouge, il se retrouve bien malgré lui mêlé à un double-meurtre perpétré en territoire afridien, les autochtones mutants de la planète.
Accompagné d’une représentant dudit peuple local, piégé par le gouvernement martien, il se retrouve à mener une enquête dont il se serait bien passé…
Duo martien
Le premier tome des Hydres d’Arès installe une science-fiction qui avance sur une idée forte : une humanité a créé les afridiens pour terraformer Mars, avant qu’elle ne se retrouve finalement confrontée à une population devenue un peuple à part entière. L’album exploite ce point de départ pour construire une enquête policière traversée par des tensions de colonisation (plus ou moins réussie) et de coexistence (franchement ratée).

La mécanique narrative reste cependant classique. Boozer fonctionne comme un anti-héros efficace : ancien militaire, cigare aux lèvres, épaviste alcoolique et désabusé, il apporte une énergie de vieux baroudeur attachant. Son duo (partiel) avec Jean-Pierre, son androïde majordome, donne au récit plusieurs respirations humoristiques. Les dialogues sont d’ailleurs l’une des meilleures réussites de l’album, avec des punchlines qui apportent du caractère aux personnages.
Mc Spayne, dénuée d’humour, avocate et représentante des afridiens, joue le rôle de contrepoint politique face à Boozer (là se trouve le véritable duo). La confrontation entre ces deux visions permet d’aborder les thèmes du colonialisme et du racisme sans réduire les afridiens à de simples créatures exotiques. Leur design tribal, leur couleur cuivrée et leurs adaptations biologiques à Mars sont réussis, sans être particulièrement originaux.
Une intrigue fonctionnelle qui manque d’impact
L’enquête autour d’une mystérieuse bête attaquant les humains dans le désert reste fonctionnelle et sert surtout d’introduction aux enjeux diplomatiques. Le scénario possède de bonnes bases, mais il peine à transformer ses idées en véritables surprises. La résolution finale affaiblit l’ensemble : l’intervention providentielle de Jean-Pierre relève d’un deus ex machina qui manque clairement de crédibilité.
Un dessin inégal malgré de belles intentions
Visuellement, l’album est plus difficile à défendre.
Le dessin de Sentenac souffre de personnages et de visages souvent déformés, ce qui limite l’immersion. Le charadesign reste efficace, mais l’exécution manque de finesse. Les couleurs ne rehaussent pas le niveaux, bien que quelques séquences démontrent une réelle recherche sur la lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle.
Une splash page particulièrement réussie prouve que l’artiste est capable d’images fortes, même si la régularité n’est pas au rendez-vous.


Un potentiel réel encore à confirmer
Avec son humour décomplexé, son ambiance légèrement gore et son univers de science-fiction accessible, Les Hydres d’Arès possède une identité propre. L’album n’évite pourtant pas les facilités narratives et son dessin inégal empêche l’ensemble de franchir un cap.
Une trilogie au potentiel réel, mais qui devra affiner scénario et graphie pour convaincre pleinement.
Epilogue - Cet article est en lien direct avec l'article bilan "Les Hydres d'Ares : planète rouge et anges noirs", à paraitre prochainement. Pour ne pas rater sa publication, inscrivez-vous à la newletter !
