Nouvelle République #3 : Chewbacca

Nous sommes 25 ans après la Bataille de Yavin (correspondant au premier film « Star Wars Episode IV »). Les Rebelles ont vaincu l’Empire. Et malgré de nombreuses luttes, ils ont constitué la Nouvelle République, jeune gouvernement galactique qui vise à instaurer une ère de paix durable. De son côté, Luke Skywalker a fondé un Nouvel Ordre Jedi et a formé nombre de nouveaux chevaliers, dont certains ont désormais atteint le rang de maitre. Mais tout cela est encore bien fragile…

Et aux confins des mondes connues, une menace inédite gronde. Les Yuuzhan Vong, une civilisation venue d’au-delà de la galaxie lance une invasion de grande ampleur. Impitoyable, vénérant la douleur, dotée d’une incroyable technologie organique et absente de la Force, l’armada Vong est proprement inarrêtable. Et la République essuie débâcles après débâcles, comptant les morts par millions et les planètes perdues par dizaines…

C’est au cours de la bataille de Sernpidal que Chewbacca (Chewie) trouve la mort. Les droïdes R2D2 et C3PO rassemblement alors des témoignages pour célébrer la mémoire du héros wookie…

Un album-mémorial au cœur du deuil galactique

Conçu comme une anthologie hommage, Nouvelle République – Chewbacca s’inscrit immédiatement dans un contexte émotionnel très particulier : la disparition brutale de l’un des piliers de la trilogie originale, survenue dans le roman Vector Prime. L’album se déroule donc durant le début de l’invasion des Yuuzhan Vong, en parallèle du roman Fléau. Il adopte une construction sous le forme de 10 chapitres avec des hommages à double-lecture :

  • D’un point de vue intra-diégétique, chaque chapitre prend la forme du témoignage d’un proche (souvent un flachback), collecté par R2-D2 et C-3PO, destiné à préserver la mémoire du Wookiee. Ceux-ci sont hiérarchisés des personnages les plus obscurs aux plus connus (Han Solo en dernier) ;
  • D’un point-de vue extra-diégétique, chaque chapitre est signé par des dessinateurs différents1, comme si les auteurs également rendaient hommage au wookie ! Le scénariste Darko Macan reste toutefois constant, permettant d’assurer une sorte de continuité et de cohérence d’ensemble.

Cette approche, séduisante sur le papier, se révèle toutefois profondément déséquilibrée dans son exécution. Si certains récits touchent juste, d’autres sombrent dans la facilité, voire dans une légèreté déplacée. L’hommage est sincère, mais son impact fluctue fortement d’un chapitre à l’autre

Récits et témoignages

1. Une idylle wookie — par Mallatobuck

Dessin : Brent Anderson
Couleur : Nathan Eyring

La femme de Chewbacca se remémore leur rencontre et le tout début de leur relation, sous la menace d’esclavagistes trandoshans.

Le récit se veut intimiste, mais il est plombé par une écriture un peu facile et voire niaise. L’émotion est recherchée à gros traits, sans réelle subtilité. Pourtant, malgré ces défauts évidents, une certaine tendresse parvient à affleurer, portée par une mise en scène appliquée. Le résultat demeure touchant, sans être marquant.

Note : 7 sur 10.

2. Le chagrin d’un père — par Attichircuk

Dessin : Igor Kordey
Couleur : Matthew Paine

Le père de Chewie raconte une altercation mortelle entre son fils et un jeune wookie albinos…

Le ton change radicalement. Le récit est violent, âpre, et s’enfonce dans les profondeurs arboricoles de Kashyyyk (planète des wookies) avec une intensité rare. L’approche tragique fonctionne plutôt bien, malgré un antagoniste peu subtil.

Note : 7 sur 10.

3. Le sort d’un esclave — par Ssoh

Dessin : Jan Duursema (qui a dessiné sur Star Wars Legacy, Clone Wars, la Genèse des Jedi…)
Couleur : Color Graphix

Un ancien esclavagiste trandoshan raconte comment Chewbacca a retourné toute une cargaison d’esclaves wookies contre leurs maîtres.

Le choix d’un point de vue ennemi est pertinent et rafraîchissant. Le ton se veut même plutôt humoristique, et frôle l’incohérence (comment des wookies viennent à bout de portes blindées sans matériel, exactement…?). Mais le résultat fonctionne assez bien.

Note : 4 sur 10.

4. Une rencontre fortuite — par Mala Mala

Dessin : Dave Gibbons
Couleur : Angus McKie

Une aventurière peu fréquentable se souvient de la manière dont Chewie l’a sauvée dans sa jeunesse, alors qu’elle n’en valait pas la peine.

Extrêmement court, le récit se limite à une simple péripétie, sans doute un peu trop dégoulinante de bonté. C’est mignon, mais bien trop anecdotique pour laisser une empreinte.

Note : 3 sur 10.

5. Briser une tradition — par Turrdko

Dessin : Duty Abell
Couleur : Dave Nestelle (qui a colorisé les Ombres de l’Empire Evolution, ainsi que la Légende des Jedi)

Récit mythique de la rencontre entre Chewie, tentant de libérer des enfants capturés, et Han Solo, alors pilote impérial.

Voici l’un des piliers de l’album. Court mais essentiel, ce récit s’inscrit profondément dans le lore Star Wars. Le dessin est superbe, et le visage de Harrison Ford est immédiatement reconnaissable. En contrepartie, Chewbacca est dépeint comme un super-héros quasi parfait, ce qui tend à lisser un peu le personnage.

Note : 7 sur 10.

6. Une anecdote de pilote — par Wedge (Antilles)

Dessin : John Nadeau (Les Ombres de l’Empire, la Légendes des Jedi)
Couleur : Dan Jackson

Lors d’une attaque impériale, Wedge Antilles combat à bord de son speeder sans se rendre compte que Chewbacca y est suspendu.

Le récit est divertissant et clairement humoristique. Trop, peut-être. L’approche cartoon affaiblit considérablement la portée émotionnelle attendue dans un tel album.

Note : 4 sur 10.

7. Un pari — par Lando (Calrissian)

Dessin : Martin Egeland
Couleur : Color Graphix

Piégés sur une planète impériale à la dérive, Lando et Chewie affrontent le dirigeant local et son droïde dégénéré.

Le récit est puéril, peu crédible, et desservi par un dessin beaucoup trop cartoon. Il s’agit sans conteste du point le plus faible de l’anthologie.

Note : 1 sur 10.

8. Peine, chagrin et culpabilité — par Leia (Organa Solo)

Dessin : Kilian Plunkett
Couleur : Dave Nestelle

Leia confie à C-3PO son désarroi et sa solitude, qu’elle attribue partiellement à Chewbacca.

Récit très étonnant, profondément intimiste et psychologique. Leia y est montrée fragile, contradictoire, humaine. Elle en veut à Chewbacca2, puis s’en veut de lui en vouloir. Ce chapitre se distingue radicalement du reste de l’album et en constitue l’un de ses sommets émotionnels.

Note : 8 sur 10.

9. Le garçon que j’ai été — par Luke (Skywalker)

Dessin : Rafael Kayanan
Couleur : Heroic Age

Luke revient sur ses sentiments pour Chewbacca et sur sa mort lors de la destruction de Sernpidal.

Le récit impressionne par sa mise en image muette des événements finaux de Vector Prime. Le dessin, sombre et réaliste, confère une puissance rare à ce flashback. Un chapitre magistral.

Note : 8 sur 10.

Une galaxie vide — par Han (Solo)

Dessin : Dusty Abell
Couleur : Dave Nestelle

Han Solo se souvient du jour où Chewbacca a sauvé la vie de sa fille Jaina.

Étrangement, ce dernier témoignage n’est pas le plus marquant. Le flashback est court et assez peu crédible. La conclusion manque de souffle, là où l’on attendait un coup de grâce émotionnel.

Note : 5 sur 10.

L’album se conclut par une petite galerie de couvertures très jolies, ainsi que par une étonnante postface (datée de 20003) de Peter Matthew, l’acteur sous la fourrure qui incarna Chewbacca à l’écran ! C’est assez touchant de le voir ainsi évoquer la mort de « son » personnage ; et c’est d’autant plus paradoxal que dans le nouveau canon de Disney, Chewie est au contraire l’un des rare survivants des personnages originaux.

Bilan général

Cette anthologie est un hommage sincère mais profondément inégal. Elle tire sa force de quelques récits d’une intensité remarquable, mais s’égare trop souvent dans la légèreté ou la facilité. Elle demeure toutefois essentielle pour comprendre l’onde de choc qu’a représenté la mort de Chewbacca (archétype de l’allié) : premier personnage majeur de la trilogie originale à disparaître, un événement qui a durablement marqué l’ensemble des fans de Star Wars à l’époque, bien plus que le décès ultérieur du big three dans la postlogie Disney.

Notes de bas de page :
  1. Ainsi que coloristes et encreurs[]
  2. De lui avoir accaparé Han tout ce temps, puis de noyer celui-ci dans le chagrin.[]
  3. Époque où la prélogie n’avait qu’un seul épisode, rappelons-le ![]

Notes

Scenario : 5 / 10
Dessin : 5 / 10
Ambiance : 6 / 10
Note moyenne : 5.3 / 10

En savoir plus sur l'album...

Série : Star Wars - Nouvelle République

Album : tome 3/3 : Chewbacca
(Histoire indépendante)

Type de BD :

Editeur :

Parution : février 2007

Taille : 90 pages

Contenu : Star Wars: Chewbacca #1 à #4

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