Le Maitre de Jeu (MdJ) est une série en 6 tomes, prenant place dans le (vaste) univers partagé des stryges et se déroulant globalement au début de la saga…
Ce que j’appelle la « Saga des Stryges » est en réalité un univers fictif composite, constitué de plusieurs séries parallèles. On pourrait presque y voir une hypersérie !
L’oeuvre principale de cette saga est la série du Chant des Stryges (CdS), elle-même subdivisée en 3 saisons de 6 tomes chacune. Son récit se déroule dans notre époque contemporaine.
Mais plusieurs séries spin-off existent et rejoignent la série principale du CdS à partir de sa seconde saison, se déroulant tantôt dans le passé (fin du moyen-age, renaissance), tantôt dans le présent, tantôt… dans le futur (sur Mars !).
Sortie au tout début des années 2000, le Maitre de Jeu (MdJ) est donc l’un de ces spin-off au Chant des Stryges : son tome #1 est d’ailleurs édité alors que sa série mère n’en contient que 3. J’y vois une volonté assumée très tôt de développer cet univers.
A titre personnel, j’avais lu la série mère, mais ignorais tout de cette série dérivée. Aussi l’ai-je réellement découverte ces derniers mois.



Dans le Maitre de Jeu, nous suivons plusieurs arcs scénaristiques en parallèle, rapidement amenés à se croiser :
- Andreas Von Harbow souhaitent s’approprier les pouvoir d’un stryge, suivant ainsi les traces de son ancêtre. Pour cela, il organise une séance de jeu de rôle1 sensée reproduire un rituel dangereux ;
- C’est ainsi Kyle McAllistair, célèbre rôliste, qui est employé malgré lui pour rassembler des joueurs sur une île isolée et prétendument maudite.
- Quentin, jeune infirme et geek avant l’heure, découvre dans sa nouvelle maison un journal narrant le rituel avorté de l’aïeul de Von Harbow. Intrigué, il se rend également sur ladite île.
- Arnold et Gerd sont deux rôlistes, qui entretiennent une ancienne haine à l’encontre de McAllistair, et entreprennent de venir sur l’île chercher vengeance…
Déployée en 6 tomes, la série se lit en fait en deux cycles de 3 tomes chacun, séparés par une ellipse temporelle de quelques semaines. Cette ellipse en modifie un peu le ton, tout en introduisant de nouveaux personnages (bien que le final de la série se rapproche de son début, dans le genre et les thématiques). Les critiques de chacun des 6 tomes sont détaillées ici :
- MdJ #1 : créatures légendaires, rôlistes et fanzines (publié le 17 janvier 2026)
- Huis clos malsain dans le MdJ #2 (publié le 1 février 2026)
- Crépuscule horrifique dans le MdJ (#3) (publié le 11 février 2026)
- Complots et créatures dans MdJ #4 (publié le 19 février 2026)
- MdJ #5 : Retour au mysticisme et exposition forcée (publié le 28 février 2026)
- Fin beaucoup trop simple pour MdJ #6 (publié le 7 mars 2026)
Si cette série peut se lire globalement de manière autonome sans avoir lu le Chant de Stryges au préalable, quelques liens sont toute-de-même faits avec la série mère, en particulier dans le second cycle.

Le ton de cette série est assez différent de la série mère. Si cette dernière proposait un thriller techno-fantastique, teinté d’occultisme et saupoudrée d’aventure, le Maitre de Jeu est plutôt un récit clairement fantastique, un huis-clos à ciel ouvert largement horrifique et tirant vers le gore, parfois teinté d’un brin de science.
Mon avis global sur la série est plus que mitigé. Les dessins permettent de relever le niveau avec certaines planches magnifiques, plusieurs jolies compositions, un trait nerveux et expressif. Et si l’horreur, le gore et le glauque peuvent séduire, le scénario quant à lui est hélàs loin d’être à la hauteur. Etonnament, le début de chacun des deux cycles est trés bon (tomes #1 et #4), mais la qualité de chaque cycle décroit ensuite sur les deux tomes suivants.
L’ensemble est très confus, et ne trouve d’explications que dans de trop longues séances d’expositions dans les tomes #5 et particulièrement #6. C’est un rendez-vous manqué de ne pas avoir construit l’ensemble de la série pour distiller ces informations en compte-gouttes ; ce qui me fait soupçonner que le scénariste Corbeyran ne savait pas vraiment où il allait. Enfin, le milieu du jeu de rôle (qui donne pourtant son nom à la série) est totalement anecdotique, pour ne pas dire mensonger.



Sur la forme, je dois avouer que j’ai un peu triché dans le listing des 6 albums (critiqués un par un, liste ci-dessus) car en réalité, je possède la version intégrale en un album unique. Le livre en lui-même est un bel objet de pas loin de 300 pages, assorties d’un signet afin de ne pas y perdre sa page. La jaquette propose un verni sélectif et reprenant la couverture du tome #4. Notons au passage que l’emploi de cette illustration n’est pas très représentatif du contenu réel du récit (jusqu’à Quentin qui apparait debout alors qu’il est handicapé du bas du corps). Malgré le changement de dessinateur, de Charlet à Horne entre les tomes #4 et #5, l’ensemble reste tout à fait cohérent graphiquement.

Notons que cette édition intégrale est sous-titrée « La légende des Stryges » (ce qui n’était pas le cas des albums originaux). Plutôt qu’un réel nom de série, il s’agissait plutôt d’une sorte d’intitulé global, permettant de regrouper ces rééditions spin-off et d’indiquer un lien avec la série-mère via la mention des stryges (en gros). Notons qu’en 2025, un nouveau spin-off est sorti : lui porte réellement le nom de « Légendes des Stryges » ; une confusion à éviter, donc.
J’ajoute que pour mon exemplaire personnel, acheté en ligne d’occasion, j’ai eu l’incroyable surprise de découvrir un dessin original dédicacé du dessinateur Horne dans les premières pages de l’ouvrage ! Je ne l’ai pas repéré tout de suite, mais il s’agit bien d’un dessin au crayon et au feutre souligné par la signature de l’auteur.

En conclusion, malgré des graphismes interessants, le scénario de ce Maitre de Jeu est un bon gros loupé. Et je ne peux pas vous conseiller de lire la série, sinon pour avoir une vue complète de la saga des Stryges. Espérons que la série suivante, le Clan des Chimères, relèvera le niveau dans un tout autre genre…
Notes de bas de page :- Notez qu’au début des années 2000, en France, la période est à la diabolisation des jeux de rôles, supposés être sataniques, ou mener à la folie, la violence ou le suicide.[↩]
Epilogue - Cet article est en lien direct avec l'article bilan "Toute la saga des Stryges : chronologies, séries, spin-off...", à paraitre prochainement. Pour ne pas rater sa publication, inscrivez-vous à la newletter !