Préambule - Avant d'aller plus loin, avez-vous lu l'article Le Combat Ordinaire #1 : l'intimité comme matière narrative ? Car l'article ci-dessous en est la suite...
En quelques mots
Ce deuxième tome du Combat ordinaire mérite la lecture : plus sombre que le précédent, il transforme les peurs ordinaires de Marco en une chronique intime, douce-amère et profondément touchante.
- Une ambiance intime, tendre et de plus en plus tragique
- Une caractérisation particulièrement humaine de Marco
- Une narration simple au service des émotions
- Un dessin toujours très simple
- Un découpage classique, sans grande audace



Pitch
Marco entreprend une série de photographies originales : des portraits des dockers de l’atelier, les anciens collègues de son père, lui-même désormais atteint de la maladie d’Alzheimer. Mais confronté à la réalité des galeries d’art parisiennes, parviendra-t-il à se sentir authentiquement à la hauteur ?
Et tiraillé entre le passé (ses parents, les docks…) et le futur (Emilie, sa petite nièce..), Marco doit tant et toujours affronter ses propres peurs en premier lieu.
Une chronique intime qui devient tragique
Quelques mois après le premier tome, Marco quitte (temporairement) la campagne pour les banlieues parisiennes, les galeries d’art et les docks où travaillait son père. Il tente de faire reconnaître ses photographies tout en apprenant à composer avec la maladie d’Alzheimer de celui-ci, la nouvelle famille de son frère et l’évolution de son couple avec Émilie.
Le scénario fonctionne précisément par cette accumulation de préoccupations ordinaires. Pas besoin de spectaculaire : les déboires professionnels, les souvenirs qui deviennent douloureux et l’incertitude face à l’avenir suffisent à faire avancer le personnage. La confrontation avec Fabrice, photographe talentueux et franchement exécrable, donne même une forme concrète au doute qui ronge Marco : quelle valeur accorder à son propre travail face à quelqu’un qui semble lui être tellement supérieur ?

La douceur avant tout, mais jamais le pathos
C’est pourtant l’ambiance qui constitue la grande réussite de l’album. Plus sombre et fataliste que celle du premier tome, elle reste traversée par une douceur pudique et une véritable tendresse. Marco est un « looser » attachant, dont les réussites comme les faiblesses rendent l’identification immédiate.
La maladie du père introduit surtout une dimension tragique sans que Larcenet ait besoin de forcer l’émotion. Le temps qui passe devient une menace concrète : il efface les souvenirs, transforme les relations et rappelle que l’avenir n’est pas entièrement maîtrisable. Cette peur du passé comme celle du futur donne au récit une gravité qui dépasse largement les déboires de son personnage.
Un dessin volontairement discret
Graphiquement, le constat reste plus mitigé. Le style demeure simple et le découpage classique, mais cette sobriété sert efficacement la narration. Les portraits des dockers, traités dans un registre beaucoup plus réaliste, apportent toutefois une rupture bienvenue.

L’album ne cherche pas à résoudre les grandes questions de Marco : il les rend simplement plus difficiles à éviter. Entre maladie, peur, amour et temps qui passe, l’album avance sur une ligne douce-amère particulièrement juste. C’est une BD intime et touchante, parfois drôle, mais dont la tristesse chaleureuse finit par s’imposer. Derrière les petits combats du quotidien se dessine une vérité autrement plus tragique : certaines choses ne peuvent tout simplement pas être empêchées.
