Préambule - Avant d'aller plus loin, avez-vous lu l'article Huis clos malsain dans le MdJ #2 ? Car l'article ci-dessous en est la suite...
Quentin vient de découvrir les cadavres de ses parents. Après les avoir enterré et aidé de Gerd, il se lance dans l’exploration de l’île… Bientôt, tous deux mettent la main sur des lettres qui relatent des évènements ayant précédé de peu le dépeuplement de l’île.
Pendant ce temps, Arnold retient Kyle en otage et entreprend de soumettre Talia et Michel à un jeu sadique…

Ce troisième tome clôt un premier cycle du Maître de Jeu sur une note résolument lugubre et crépusculaire. Malheureusement, cette noirceur assumée ne suffit pas à masquer une profonde déception scénaristique. Les révélations censées donner sens à l’ensemble (si l’on comprend l’idée générale) sont assenées au rouleau-compresseur. Et l’objectif de Von Harbow apparaît ridiculement fragile, voire absurde : faire reproduire un rituel ancien aux rôlistes pour asservir une stryge ! Et sans garantie d’en tirer le moindre bénéfice, puisque :

- Soit le rituel échoue et il n’en aura rien appris, puisqu’il se maintient lui-même à distance1 ;
- Soit le rituel est un succès, et les éventuels pouvoirs de la stryges2 seront détenus par les joueur, et non par lui-même.
Le récit bascule pleinement dans l’horreur : gore, glauque, parfois franchement écœurant, notamment lors des révélations edgy liées à l’aïeul de Von Harbow. En bon récit horrifique, les personnages tombent les uns après les autres, mais leurs morts semblent n’affecter que très superficiellement les survivants, ce qui affaiblit encore l’impact émotionnel.
Quentin cristallise à lui seul nombre de frustrations. Doté de connaissances surgissant de nulle part, il devient un deus ex machina ambulant, sapant toute tension dramatique. Kyle, Talia et Michel se retrouvent relégués à des rôles anecdotiques, tandis qu’Arnold (déjà peu développé) se réduit à un simple personnage-fonction. Même Kurt, pourtant porteur d’espoir, incarne un archétype du sauveur bien trop commode.

Graphiquement, les planches misent sur des couleurs rougeoyantes, jaunâtres ou sépia, parfois trop monochromes, mais globalement adaptées à l’atmosphère. Les dialogues, en revanche, perdent en mordant, Talia en tête : précédemment autrement plus incisive, ces réactions semblent désormais out-of-character.
Reste une ambiance pesante et funèbre, étrange mélange d’occultisme et de science biologique, seule véritable constante d’un tome qui referme cette première trilogie avec plus de malaise que de satisfaction.
Notes de bas de page :- Ce point est d’ailleurs approfondi plus loin dans la série…[↩]
- Qui restent éminemment confus et flous.[↩]
Epilogue - Cet article est en lien direct avec l'article bilan "Le Maitre de Jeu : compte-rendu de partie", à paraitre prochainement. Pour ne pas rater sa publication, inscrivez-vous à la newletter !
