En quelques mots
Rising Stars transforme un concept classique de super-héros en fresque tragique et politique d’une rare intelligence, malgré quelques poncifs typiques des comics des années 90.
- Une mythologie remarquablement construite autour des Specials
- Une ambiance fataliste et mélancolique très maîtrisée
- Un casting dense porté par plusieurs figures marquantes
- Certains personnages graphiquement trop similaires
- Un charadesign très marqué “âge de fer des comics” et excessivement genré

Pitch
Fin des années 60 dans la petite ville de Peterson. Une immense boule lumineuse apparaît dans le ciel, et un flash balai toute la zone. À ce moment-là, 113 nouveau-nés sont conçus. 113 enfants qui vont rapidement commencer à développer des aptitudes incroyables : vol, force surhumaine, manipulation des éléments…
Ne sachant que faire, le gouvernement les rassemble dans un camp à part, leur permettant d’être éduqués sous contrôle.
Beaucoup plus tard, chacun a grandi. La plupart ont développé des pouvoirs, certains petits, d’autres extraordinaires. Certains sont sur-médiatisés, tandis que d’autres préfèrent se faire discrets.
Mais un jour, plusieurs d’entre eux sont victimes d’un serial killer. Une enquête commence, qui mènera le dénommé Poet à découvrir de nouvelles propriétés de la force qui leur a donné leurs pouvoirs…
Une mécanique de super-pouvoirs au service du drame
Dès ses premières pages, Rising Stars évite le piège du simple comics de super-héros “réaliste”. Le véritable sujet n’est pas la puissance, mais ce qu’elle fait aux individus et à la société. Les « Specials » (nom donné aux 113) ne rêvent pas de sauver le monde : ils cherchent surtout à survivre à leur différence.
Le système imaginé par Straczynski impressionne encore aujourd’hui. Le fait que les pouvoirs déclinent progressivement avant d’être redistribués lors de la mort d’un Special constitue une mécanique narrative redoutable. Chaque décès devient immédiatement un enjeu collectif. Une idée simple, mais exploitée avec une efficacité remarquable.

Une galerie de personnages profondément tragiques
Le casting est immense, parfois presque excessif, mais plusieurs figures s’imposent durablement : Poet, narrateur introspectif connecté directement à la Force, apporte une dimension quasi mystique au récit. Il est encadré de Ravenshaddow (sorte de pseudo-Batman) ou encore de Matthew Bright (un super-flic). À l’inverse, des personnages comme Lee Jackson ou Joshua Kane (Sanctuary) incarnent la destruction psychologique provoquée par les pouvoirs, l’isolement ou le fanatisme.
Le personnage de Flagg est également interessant : sorte de superman porté en piédestal par une multinationnale, son rôle et ses motivations seront à découvrir au fil de l’album.
Le récit est traversé par une mélancolie permanente. L’enfance brisée des Specials, la cruauté sociale, la peur de la différence ou encore l’humilité des moins puissants d’es Specials’entre eux composent une fresque profondément fataliste. Cette Amérique pré-11 septembre apparaît encore persuadée que les super-héros pourraient exister… tout en étant incapable de les accepter.
Un héritage graphique marqué par les années 90
Visuellement, l’album reste extrêmement ancré dans son époque. Corps hypertrophiés, costumes moulants, silhouettes sexualisées : tout rappelle l’âge de fer des comics. Cela fonctionne parfois très bien, notamment dans le mélange entre tenues civiles (imperméables, blousons…) et costumes super-héroïques. Mais certains personnages finissent aussi par se ressembler, tels Poet et Ravenshaddow.



L’on notera également la présence de quelques inserts de lore, comme le journal de Poet ou une affiche promotionnelle pour Flagg/Patriot.
A titre personnel, j’avais découvert cette série dans le début des années 2000, j’étais alors adolescent. Autant que je me souvienne, je n’avais pas lu la conclusion, mais j’en avais garé un excellent souvenir… Et je le dis haut et fort : Rising Stars conserve une force rare : celle d’un récit de super-héros qui regarde moins vers la toute-puissance que vers l’épuisement, le doute et l’inéluctable tragédie humaine, dans une critique pertinente des USA, mais aussi de la religion.
Je recommande chaudement !
Epilogue - Cet article est en lien direct avec l'article bilan "Rising Stars : Vue d'ensemble", à paraitre prochainement. Pour ne pas rater sa publication, inscrivez-vous à la newletter !
